Revue des Sciences Humaines et Sociales

Al Irfan est une Revue scientifique annuelle fondée en 2014 à l’IEHL. Elle publie des travaux à caractère disciplinaire, pluridisciplinaire et interdisciplinaire, en mettant en exergue l’exploration des mondes hispanique et lusophone et leurs intersections, dans leurs dimensions historiques, culturelles, sociologiques, politiques et économiques.

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Immigrants Haïtiens au Brésil

Du multiculturalisme à l’oeuvre?

Immigrants Haïtiens au BrésilÅ:

du multiculturalisme à l’oeuvre?[1]

Résumé

Le débat sur le multiculturalisme est récent en Amérique Latine. En termes historiques, les questions raciale et indianiste ont supplanté le débat sur les immigrants et jusqu’à nos jours font l’agenda des politiques multiculturelles et des actions affirmatives. Au long du XXe siècle et au début de l’actuel, l’Amérique Latine, jadis terre d’accueil d’immigrants européens et asiatiques, est devenue fournisseur d’émigrants jusqu’aux années 1980 pour redevenir un nouveau Eldorado, cette fois-ci des latins eux-mêmes. Cet article a pour but de discuter l’actuelle immigration haïtienne vers le Brésil, dont la croissance fut exceptionnelle dans la période comprise entre 2010 et 2015. Plus particulièrement, on analyse ici l’immigration vers l’état du Paraná, encore plus significative que celle enregistrée pour le pays dans sa totalité, en rapport aux politiques d’accueil mises en place par l’état local et les actions entreprises par les divers acteurs sociaux et religieux. Pour ce faire, nous nous servons des entretiens réalisés auprès de 33 Haïtiens installés dans l’état et des entretiens réalisés auprès des acteurs politiques et sociaux qui ont mené des actions d’accueil depuis l’année 2012. On y décèle une tension et une distance entre les pratiques sociales des immigrants et les actions d’accueil insuffisantes. L’enjeu entre l’intégration et les pratiques culturelles différenciées interpelle la société brésilienne. Il indique in fine les limites de l’accueil public et privé et laisse à présager le surgissement des nouveaux modes multiculturels dans une société brésilienne censée être démocratique, intégrationniste et socialement métissée.

Mots-clés

Multiculturalisme ; Immigration haïtienne ; Amérique LatineÅ; Brésil; Paraná.

Abstract

The debate on multiculturalism is new in Latin America. In historical terms, the black and indianist questions have supplanted the debate on immigrants and to this day are the agenda of multicultural policies and affirmative actions all over the continent. Throughout the twentieth century and the beginning of the current, Latin America – the continent once home ground of European and Asian immigrants – has become supplier of emigrants until the 1980’s. But now, it has become the new Eldorado, this time for Latin themselves. This paper aims to discuss the current Haitian immigration to Brazil, where growth was outstanding in the period between 2010 and 2015. Specifically, we analyze here immigration to the state of Paraná, even more significant than that recorded for the entire country, in relation to reception policies implemented by the local state and the actions undertaken by the various social and religious actors. To do this, we use the interviews with 33 Haitians living in the state and interviews conducted with political and social actors who conduct home policies. It reveals a tension and a distance between the social practices of immigrants and inadequate reception actions. The challenge between integration and differentiated cultural practices calls Brazilian society. It shows ultimately the limits of public and private actions and leaves to predict the emergence of new multicultural modes in a Brazilian so-called democratic, integrationist and socially Métis society.

Keywords

multiculturalism ; Haitian immigration ; Latin America; Brazil; Paraná.

Introduction

Le débat sur le multiculturalisme a pris son essor en Amérique Latine dans les années 1990. Depuis lors, ce débat est limité à certains pays tels que le Brésil[2], la Bolivie, l’Equateur, la Colombie, le Mexique ou le Nicaragua, aux politiques indianistes (dites de reconnaissance des droits des peuples autochtones) et aux politiques raciales affirmatives, également nommées politiques raciales compensatoires (Costa, 2015 ; Verdo & Vidal, 2012 ; Reis, 2011 ; Bailey, 2009). La question des minorités immigrantes n’a jamais pris place dans cet espace et le thème de l’immigration n’a guère influencé les débats sur la culture et sur l’identité nationale en Amérique Latine (Foote & Goebel, 2014). Pour faire bref, le débat åÅimmigrantisteÅò s’est cantonné à la période des années 1880 à 1940, au peuplement des contrées (dites) vides, au remplacement de la main-d’oeuvre esclave, voire aux idées de åÅblanchirÅò ou de åÅrégénérer la raceÅò (Martinez, 2010). Cependant, la question immigrante n’a jamais réussi à contrer la concurrence des débats racial et indianiste. Les causes de l’importance moindre des communautés immigrantes, par rapport aux questions raciale et indianiste, sont à chercher au sein de l’histoire de l’immigration elle-même. Soit, il est dit qu’il s’agit d’un phénomène dont l’historicité ne va pas au-delà du tournant du XIXe au XXe siècles, soit il est dit que son importance démographique-sociale est négligeable, mis à part les exceptions connues (l’Argentine et le Brésil, par moment), soit tout cela ensemble. D’autres causes peuvent encore y prendre part. Cependant, si l’on considère l’ensemble des pays latino-américains, les débats sur les questions noire et indianiste ont supplanté le débat sur les immigrants et jusqu’à nos jours font l’agenda des politiques multiculturelles et des actions affirmatives (Lorenzo, 2014Å; Gros & Kervan, 2012Å; Doytocheva, 2011).

Au cours du XXe siècle, cependant, la tendance s’est inversée. L’Amérique Latine a reçu de moins en moins de migrants et a commencé à en produire. Ces nouveaux flux migratoires s’accentuent à partir des années 1950. Les EEUU et le Canada attirent de plus en plus d’immigrants latino-américains, originaires des pays centre-américains, mais aussi du Mexique, de la Colombie, de la Bolivie et du Pérou. Mais à côté du taux migratoire négatif pour ces derniers pays, il subsiste encore un taux positif pour le Brésil et l’Argentine au cours de cette deuxième moitié du XXe siècle. Cependant, les deux dernières décennies du XXe siècle produisirent le changement. Des pays tels que le Brésil, l’Équateur ou le Pérou sont redevenus lieux de départ d’immigrants vers le continent asiatique (notamment le Japon, pour les descendants d’immigrants japonais qui s’étaient installés autrefois au Brésil), vers l’Europe (notamment des Equatoriens vers l’Espagne) ou bien vers les EEUU, tous citoyens latino-américains confondus, tout spécialement des Mexicains et de centre-américains (Boleda et all., 1995 ; Portes & Rumabut, 2006 ; Koller, 2011). Depuis le début du XXIe siècle, un nouveau changement s’est produit. Certains pays latino-américains, notamment l’Argentine, le Brésil et le Chili, attirent des migrants, en particulier originaires des pays voisins, mais aussi de pays africains et centre-américains, le Haïti en l’occurrence[3]. Des Paraguayens et des Boliviens, des Péruviens et des Haïtiens commencèrent à migrer alors vers l’Argentine, le Brésil et le Chili (Souchaud, 2009Å; Souchaud & Baeninger, 2009 ; dAndreas, 2007 ; Liberona, 2011 ; Souchaud, 2011). Ces nouveaux flux migratoires présentent la nouvelle face du continent qui fait bonne figure autant sur le plan économique que sur celui des politiques sociales.[4]

Le cas des Haïtiens au Brésil est, en ce sens, emblématique. Le nombre de travailleurs étrangers au Brésil (les travailleurs haïtiens, en particulier) a commencé à augmenter à partir de l’année 2010. Au mois de novembre 2011, le “portal Brasil” annonce que le nombre d’étrangers résidant au Brésil avait largement dépasse les 960 milles enregistrés à la fin de l’année 2010, pour atteindre le chiffre de 1,4 millions (juin/2011), et il attribue ce fait à la croissance de 7,5% de l’économie brésilienne sur l’année en cours[5]. En 2010, il y avait 69.015 travailleurs immigrés légaux au pays. En 2014, ils étaient 155.982, soit une augmentation de 226%Å!

En 2011, il y avait 815 immigrants haïtiens au Brésil. Ce chiffre est passé à 30.484 en 2014, soit une augmentation de 256%, bien plus importante que le nombre de Colombiens, le deuxième groupe de travailleurs immigrés dont l’augmentation avait été de 61% pour la même période. Au cours de l’année 2010, 23 immigrants Haïtiens avaient été admis sur le marché du travail brésilien. Le total de nouveaux admis est passé à 1.009 en 2011, 9.801 en 2014. À la fin de 2014, un peu plus de la moitié (17.577 sur 33.557) d’admis sur le marché du travail brésilien était d’origine haïtienne[6]. En résumé, la République d’Haïti a été le principal pays en termes de travailleurs admis sur le marché du travail au Brésil entre 2010 et 2014, 26% du total. Pour la seule année 2014, ce pourcentage est devenu encore plus importantÅ: 37% du totalÅ!

Parmi les états brésiliens qui ont reçu des travailleurs étrangers dans l’année 2014, les états de Santa Catarina, du Paraná et du Rio Grande do Sul affichaient les taux les plus significatifs, 26%, 19% et 18% respectivement, soit 63% du total d’admis dans le pays. En ce qui nous concerne, l’état du Paraná a connu une augmentation du nombre de travailleurs immigrés légaux encore plus importante que celle enregistrée pour le pays tout entier. Ainsi, il n’y avait pas d’Haïtiens dans l’état du Paraná en 2010 et en 2013, on comptait 2.516 individus, soit 25,86% du total d’Haïtiens installés au Brésil. Finalement, en 2014, le Paraná a encore admis 6.348 immigrants travailleurs, dont 4.183 (65,89%) étaient des Haïtiens. À la fin de l’année 2014, il y avait 19.163 travailleurs haïtiens sur le marché du travail paranense[7].

Les nouveaux chiffres de l’immigration ont ainsi démontré sans contestation aussi bien la vitalité du marché de travail paranaense que l’importance proportionnelle des Haïtiens. Ce flux migratoire n’a pas échappé aux académiciens et, à l’heure actuelle, il est possible de déceler un champ d’études bien établi sur ce thème (Valler Fillho, 2007Å; Rodrigues, 2008Å; Godoy, 2011Å; Contiguiba e Pimentel, 2012; 2015Å; Caffeu & Cutti, 2012Å; Caisse, 2012Å; Costa, 2012Å; Silva, 2012; 2013Å; Télémaque, 2012Å; Andrade et. all., 2013ÅBulamah, 2013Å; Loquidor, 2013Å; Minchola & Redin, 2013Å; Thomaz, 2013Å; Braum, 2014Å; Castro & Fernandes, 2014Å; Cogo, 2014Å; Fainstat, Noal & Véran, 2014Å; Pinto, 2014Å; Zeferino, 2014Å; Handerson, 2015Å; Peres, 2015Å; Sá, 2015).Les études citées plus haut portent sur des sujets de recherche très variés. A titre d’exemple, l’histoire de l’Haïti et son rapport aux puissances coloniales (France et EEUU) et le phénomène (culturel et social) des migrations haïtiennes, en particulier vers le Brésil côtoient les études plus spécifiques des Haïtiens migrants vers le Brésil, leur parcours à l’intérieur du pays, entre autres. Enfin, il y a des études sur la culture et sur la langue créole ou encore sur le phénomène religieux. Dans l’ensemble, cependant, on n’y décèle pas d’analyses cherchant à comprendre l’immigration haïtienne à partir du multiculturalisme encastré ni dans les pratiques sociales des migrants eux-mêmes, ni encore dans les actions mises en œuvre par les pouvoirs publics (les agences gouvernementales et le ministère public) ou par les acteurs de la société civile et religieuse. Néanmoins, des recherches préliminaires indiquent que des pratiques culturelles différenciées de ces nouveaux immigrants commencent à interpeller la société brésilienne, dite intégrationniste et socialement métissée. De plus, ces pratiques semblent indiquer les limites de l’accueil public républicain, laissant à présager le surgissement de nouveaux modes culturels (Yudice, 2002), notamment en rapport aux actions menées par des associations privées et des églises. Cela étant, la question se présente de la façon suivanteÅ: comment comprendre ces nouveaux et inattendus enjeux de forces entre les pouvoirs publics et les associations civiles et religieuses, d’un coté, et les pratiques des migrants, de l’autreÅ? L’analyse qui s’en suit tient pour origine une recherche sur l’histoire récente de l’accueil dans le Paraná et une enquête sur les conditions de vie et de travail des immigrants haïtiens, qui habitent les villes de Curitiba (capitale de l’état) et de Londrina. Au cours de l’année 2015, nous avons interviewé 33 Haïtiens, dont 24 hommes et 9 femmes. Nous avons interviewé également des personnalités politiques et des agents administratifs de l’état du Paraná, de la société civile et des églises dans le but de comprendre les diverses actions et formes d’accueil à l’œuvre.

Les acteurs et les Haïtiens interviewés

Les acteurs

Nous avons interviewé le Secrétaire de l’état du Paraná, Flávio Arns, et la responsable pour l’accueil et pour la mise en exécution, au niveau local, de la politique migratoire dans l’état, Fátima Yokahama. A la Mairie de Curitiba, nous avons interviewé deux fonctionnaires de la Fondation d’Assistance Sociale (FAS). Nous avons encore interviewé les responsables des projets et actions pour les immigrants au sein de l’Université Fédérale du Paraná (UFPR), la responsable pour l’accueil des immigrants de la Casa Latino-Americana (CASLA), les Procureurs du Ministère Public du Travail, Mme Christiane Sbalqueiro et Mr. Alberto Emiliano de Oliveira Neto. A la Pastoral do Imigrante, nous avons interviewé le responsable pour l’accueil, le Père Agler, et l’avocat qui se charge des questions légales, Mr. Celso Freitas.

Les Haïtiens interviewés par tranche d’âge et par sexe

Comme il est possible de voir dans le tableau 1, la moyenne d’âge des immigrants interviewés était de 30,8 ans, avec peu de différence entre les hommes et les femmes. Il y avait 12 interviewés mariés, et 18 sur les 33 ont déclaré avoir des enfants[8].

Sexe N Situation Maritale Moyenne d’âge
Marié Célibataire Divorcé Enfants
H 24 5 18 1 10 32,4
F 9 7 2 8 29,3
Total 33 12 20 1 18 30,8

Tableau 1. Haïtiens interviewés selon le sexe, situation maritale et moyenne d’âge

Source : Travail de terrain

Le projet migratoire et l’accueil au Paraná

En Haïti, émigrer est une pratique historique. À l’heure actuelle, plus d’un million d’Haïtiens vivent à l’étranger, dont 500 milles aux EEUU. La plus grande partie des Haïtiens qui émigrent échappent à la pauvreté (Clemens, 2010). En ce sens, l’émigration n’apparaît pas comme un projet de circonstance. Au contraire, il s’agit d’une pratique historico-structurelle à laquelle tous pensent (Carrera, 2014Å; Metzner, 2014). Selon Handerson (2015), il y a divers mots en créole pour décrire tous le différents types de migrants en rapport avec les buts visés par l’émigration, tels que migrer pour envoyer de l’argent à la famille, migrer et ne pas envoyer de l’argent, migrer pour revenir un jour, entre autres. Malgré l’historicité de la question, les Haïtiens 33 interviewés ont été formelsÅ: la situation économique et sociale de Haïti se retrouve derrière leurs projets migratoires. Mis à part celle-ci, d’autres causes sont de mise, telles que la sécurité (et, par conséquent, la violence) l’instabilité politique et des problèmes environnementaux (les inondations, le tremblement de terre, entre autres). En général, le Haïti est décrit comme un pays où il n’y a ni travail ni école. Cependant, les interviewés ont affirmé qu’il y a des écoles à Haïti, et cela jusqu’à l’enseignement supérieur[9]. Néanmoins, il n’y a pas assez de postes de travail dont la rémunération serait compatible avec la formation suivie.

La possibilité d’émigrer au BrésilÅest nouvelle et, en toute évidence, a surpris aussi bien les Haïtiens que les autorités locales brésiliennes. Comment la comprendreÅ? Au début, il y a la présence brésilienne en Haïti, soit en commandant les forces de la MINUSTAH[10], soit encore par le soutien à des projets agricoles, soit enfin grâce au soutien technique et financier pour la construction de l’usine hydroélectrique sur le fleuve Artibonite (Godoy, 2011). Cependant, les premiers Haïtiens n’arrivent au Brésil qu’en 2010, d’une façon inattendue et quelque peu hasardeuse, après le séisme. Pour tout dire, ce n’est qu’en 2012 que le Brésil crée son åÅvisa pour des raisons humanitairesÅò destiné à accueillir le nombre croissant d’Haïtiens qui tentent d’entrer au Brésil, mais à raison de seulement 1.200 visas par an. Ce chiffre a été rapidement dépassé et, en 2013, il est supprimé[11]. En effet, aucun de nos interviewés n’avait mis le Brésil comme la principale destination. Par ordre de priorité, les Haïtiens interviewés imaginaient migrer vers les EEUU, le Canada ou la France. Pour quoi donc le Brésil ? La facilité d’obtenir des visas s’est rapidement diffusée et a induit de nombreux de migrants. Selon nos interviewés, l’intérêt de venir au Brésil tiendrait au fait que le pays avait ouvert ses portes et commencé à octroyer des visas qui permettaient de travailler légalementÅ: åÅUn pays qui permet le travail légal de l’étranger doit être un pays richeÅò (Homme, 29 ans, au Brésil depuis 2013, employé dans la restauration)Å; åÅLe Brésil a passé un accord avec Haïti, je savais que j’obtiendrais le visaÅò (H, 22 ans, au Brésil depuis 2013, vendeur)Å; åÅTout Haïtien entend de l’Ambassadeur brésilien que les portes du Brésil sont grandes ouvertes pour nousÅò (Homme, 39 ans, au Brésil depuis 2014, vendeur).

Malgré la politique de portes ouvertes, les politiques locales d’accueil (municipalités, états et pays confondus) ont fait défaut et les problèmes se sont accumulés dès le début du flux migratoire. En ce qui concerne le Paraná, ce fut en 2010, à la suite de l’arrivée des premiers immigrants Haïtiens et d’autres immigrants clandestins que l’état a commencé à discuter la question. A ce moment là, aussi bien l’état du Paraná que la Mairie de Curitiba se sont tournés vers les associations civiles et religieuses. En général, les immigrants Haïtiens arrivés dans la ville de Curitiba (la capitale de l’état) se dirigeaient au centre d’accueil catholique, dite åÅPastoral do ImigranteÅò ou encore à la Casa Latino-Americana (CASLA)[12]Å. Grâce à des relations personnelles entre celui qui a dirigé le Département des Droits Humains (de l’état du Paraná entre 2011 et 2013), le professeur José Gediel et les responsables politiques, l’accueil est rentré dans l’agenda de l’état et a commencé à être organisé. Dès lors, la priorité a été d’héberger les nouveaux arrivants et de leur trouver du travail. Ceci n’a pas été facile car l’immigrant Haïtien s’est heurté à des préjugés considérables. A titre d’exemple, la åÅPastoralÅò s’est dirigé vers ses fidèles et propriétaires (déjà établis dans le marché de location) en se portant garant afin de les convaincre à louer aux Haïtiens.

Au fur et à mesure, le milieu Haïtien s’est rendu compte des problèmes d’intégration. L’Association pour la Solidarité des Haïtiens au Brésil[13], créée en 2014 et qui avait pour but de représenter les Haïtiens à commencé à répondre aux situations quotidiennes vécues. Dans la ville de Curitiba, l’Association a joué un rôle très important et est devenue la principale voie des immigrants eux-mêmes. D’une part, l’Association, par la voie de sa présidente, Laurette Bernadin, est sans cesse interviewée par les médias. Dans un entretien accordé au journal Gazeta do Povo, le 3 août 2015[14], elle a affirméÅ: åÅJusqu’à maintenant, le Brésil n’a pas encore fixé sa politique migratoire[15]. Il y a le visa humanitaire, mais il n’y a pas de structure humanitaire pour recevoir les étrangers.” Par ailleurs, l’Association organise des initiatives telles que la fête du drapeau haïtien, le 18 mai, la journée åÅNous sommes tous des migrantsÅò ou encore les fêtes de Noël, ouvertes à toute la société de Curitiba, destinées à recevoir des donations les plus diverses.

En outre, le modèle des associations des Haïtiens s’est rapidement diffusé et, à l’heure actuelle, il y a des associations dans les ville de Brasília (la capital du Brésil), depuis 2014, de Chapecó (état de Santa Catarina), depuis 2014, de Maringá (état du Paraná), depuis 2016, et dans la ville de São Paulo (état de São Paulo), l’Association des Haïtiens du Brésil[16]. Dans la ville de Rio de Janeiro (état de Rio de Janeiro), il y a un projet – “Haïti é aqui”[17] – destiné à faciliter l’intégration de l’immigrant haïtien. Ces associations ont pour objectif principal l’intégration et la défense de l’immigrant. Mais, in fine, elles contribuent à sauvegarder et à diffuser la culture haïtienne au sein de la société brésilienne. En même temps, elles deviennent des lieux de rencontre et de sociabilités diverses, contribuant ainsi à faire entendre la voix des Haïtiens auprès des acteurs publics et privés, comme nous le montrerons plus bas.

En ce qui concerne l’état du Paraná, force est de constater que la mise en place des structures d’accueil a bien tardé. En 2015, cinq ans après l’arrivée des premiers immigrants, le Secrétariat de Justice a fini par créer un Comité de Migrants et Réfugiés et une Maison d’Accueil. Grâce au travail du professeur Gediel et de la présidente du Comité, Fátima Yokahama, à l’heure actuelle, dans chaque secrétariat de l’état il y a un fonctionnaire en charge d’accompagner les actions d’accueil. Enfin, c’est bien ce Comité qui est à l’origine du Conseil d’État des Droits des Migrants, Réfugiés et Apatrides, sur lequel nous reviendrons plus bas.

Les actions d’accueil et d’intégration dans la ville de CuritibaÅ: le partenariat entre l’Université et le Ministère Public du Travail

Les entités publiques jouent un rôle primordial lorsqu’il est question des actions d’accueil et d’intégration. À l’heure actuelle, dans la ville de Curitiba, des cours gratuits de portugais pour étrangers sont offerts par les deux plus grandes universités publiques – l’Université Fédérale du Paraná (UFPR) et l’Université Technologique Fédérale du Paraná (UTFPR) – et par la Mairie. Des cours sont également offerts par l’Université Catholique du Paraná (PUC-Pr) et par des associations religieuses (åÅPastoralÅò et åÅCáritasÅò[18]). L’offre des cours a été, d’une certaine façon, la réponse des entités au besoin d’apprentissage du portugais ressenti par les migrants. L’organisation de ces cours dévoile l’improvisation qui caractérise l’accueil des étrangers au Paraná.

Le cas des cours offerts par l’UFPR est, à ce sujet, très révélateur. La demande initiale est venue des migrants eux-mêmes. Nadia Floriani, avocate et coordinatrice de l’équipe des avocats volontaires de la CASLA nous a raconté dans quelles circonstances des Haïtiens ont commencé à frapper la porte de la CASLA. Les fonctionnaires de la Mairie de Curitiba ont précisé que les premiers Haïtiens installés dans la ville se sont adressés aux services de santé de leurs quartiers. Leurs demandes étaient bien précisesÅ: ils cherchaient de l’aide pour remplir les formulaires administratifs de la Polícia Federal, organe du Ministère de la Justice au Brésil à la charge des étrangers. Floriani affirme que les Haïtiens faisaient face à d’autres difficultés car ils ne comprenaient pas la langue portugaise. A partir de 2013, la CASLA, grâce à des relations personnelles, commence à acheminer des Haïtiens à l’UFPR. La formation en Lettres de l’UFPR les prend alors en charge et crée six classes de 20 étudiants chacune. En 2014, 18 nouvelles classes sont ouvertes et, en 2015, 20 de plus[19].

L’apprentissage du portugais en tant que langue étrangère a été une nouveauté dans la formation de l’UFPR. Les professeurs Bruna Ruhano et Maria Gabriel l’expliquent dans ces termesÅ: åÅC’est très différent par rapport à l’apprentissage du portugais à de lusophones. En outre, il ne s’agit pas tout simplement d’apprendre une langue étrangère, mais d’apprendre une langue d’accueil des étrangers, c’est-à-dire, d’un apprentissage destiné à les accueillir, en abordant des questions qui les concernent. Par ailleurs, il est clair que la société curitibanaise doit reconnaître l’existence des étrangersÅò. Pour ce faire, en plus des activités d’enseignement, les professeurs du cours de portugais organisent des actions d’intégration, telles que les visites aux musées et des fêtes d’amitié où les étudiants (en l’occurrence, les Haïtiens) sont invités à essayer des plats typiques de la cuisine brésilienne. Ils créent également une page de divulgation de leur travail sur facebook – Português Brasileiro para a Migração Humanitária. Ainsi, petit à petit, l’espace de l’université devient un lieu de rencontres pour des Haïtiens qui ne se connaissaient pas forcément car venus de différentes régions du pays. En conséquence, les relations sociales qui se tissent entre eux ont commencé à produire de nouvelles pratiques culturelles.

La demande pour l’apprentissage étant bien plus importante que la capacité de formation des universités concernées, un réseau informel des entités proposant des cours de portugais s’est rapidement mis en place. Les institutions commencèrent alors à s’envoyer des étudiants et à faire davantage pression sur la Mairie de Curitiba et sur l’état du Paraná, avec des conséquences que nous commenterons plus bas. D’autre part, les professeurs de portugais de l’UFPR se sont associés à d’autres collègues et commencèrent à mobiliser tous les universitaires qui s’occupaient de la question migratoire. L’entente a finalement eu lieu autour du projet åÅProjeto de Extensão e Pesquisa Política Migratória e Universidade Brasileira ò[20] dont le but est d’intégrer les activités d’enseignement et de recherche aux besoins des étrangers. Un service gratuit d’aide juridique fut mis en place, ainsi que des initiatives visant à intégrer dans les corpus d’étudiants de l’UFPR, les Haïtiens qui auraient les diplômes secondaires requis, selon la disponibilité des places dans les formations couramment offertes.

En novembre 2015, le projet universitaire cité ci-dessus a organisé, grâce au soutien financier du Ministère Public du Travail (Paraná), un séminaire international destiné à débattre la politique migratoire brésilienne. Lors du séminaire les membres du Conseil d’État des Droits des Migrants, Réfugiés et Apatrides (CERMA/Pr)[21] ont été élus. Le séminaire, au-delà des questions académiques traitées, est aussi une vitrine où les immigrants eux-mêmes sont venus se manifester et apporter leurs témoignages. A titre d’exemple, le dernier jour du séminaire, un groupe de musiciens haïtiens est monté sur scène et a improvisé un petit concert. À la fin, ce n’est pas tout simplement le débat sur la question migratoire qui a été légitimé, mais aussi, en quelque sorte, la présence de la culture haïtienne, voire le mouvement de la société à la rencontre des nouveaux modes culturels des immigrants. Cette diversité culturelle peut-elle être considérée comme le brouillon amorcé d’un multiculturalisme qui n’a pas encore dit son nomÅ?

Le partenariat entre l’UFPR et le Ministère Public du Travail mérite une réflexion à part entière. Pour faire bref, à partir de 2013, des plaintes concernant le non-respect du salaire minimum, les licenciements illégaux ou encore les pratiques discriminatoires vis-à-vis des travailleurs étrangers arrivent au Ministère Public, qui lance des enquêtes préliminaires. Les procureurs commencent alors à se mobiliser afin d’y faire face et, en l’occurrence, de les envoyer aux tribunaux. Les procureurs se voient ainsi face à des questions nouvelles auxquelles ils n’étaient pas habitués et pour lesquelles le Ministère Public n’avait pas les moyens nécessaires. Le Procureur Dr. Alberto Emiliano de Oliveira Neto a résumé la question dans ces termesÅ:

Il y avait une plainte concernant les conditions de travail dans le stade du club Atlético[22]. La loi nous autorisait à fiscaliser. En 2013, j’ai organisé un groupe de travail pour une visite d’inspection. Il y avait des problèmes de sécurité au travail. Les auditeurs ont émis leur rapport et la construction a été suspendue. À ce moment, il y avait des problèmes concernant les Haïtiens. Ainsi, je me suis adressé aux entités (CASLA, Caritas, Pastoral) qui s’occupaient déjà des immigrants et nous avons commencé à travailler ensemble. […] Je me suis aussi servi des syndicats que nous connaissions déjà pour qu’ils nous aident à comprendre la situation particulière des immigrants car nous ne travaillons que sur les demandes qui nous arrivent. Mais il y avait un peu de tout, y compris dans les chantiers privés de maisons de luxe. (Procureur Alberto, le 15 août 2015).

Lorsque nous lui avons demandé s’il était question des problèmes spécifiques liés au statut de migrant, telle que des attitudes discriminatoires, voire du racisme, il a affirméÅceci :

Il n’y avait pas forcément de discrimination parce que les pratiques de précarisation du travail auxquelles des Brésiliens sont déjà soumis étaient simplement élargies aux immigrants. Mais il y avait aussi l’aspect culturel. Le migrant, soit par sa condition sociale, soit par la fragilité dans le contexte de sa vie, […] est plus enclin à accepter les situations précaires. Le migrant, en principe, ne met pas en doute l’absence de contrat de travail, la limite journalière des heures de travail, le non-respect du salaire minimum. (Procureur Alberto, le 15 août 2015)

Au fur et à mesure, les Procureurs ont établis des liens avec différents acteurs de la société curitibaine qui travaillaient déjà sur la question des migrants. Cela a eu pour effet, par exemple, l’organisation d’un partenariat entre le Ministère et la Faculté de Droit de l’UFPR qui coordonnait le Projet Politique Migratoire, commenté ci-haut. Des rencontres académiques ont été organisées et, finalement, au mois de septembre 2015, les divers acteurs décidèrent de créer le Forum Migration et Travail, destiné à coordonner les actions en faveur des migrants, notamment la lutte pour l’emploi et le droit du travail. Le Forum est devenu de nos jours un espace de rencontres où les questions concernant les migrants sont débattues et des actions proposées. Le Ministère Public du Travail et l’UFPR ayant des salles de réunions et des locaux de travail à disposition, le groupe s’est mis s’est mis à l’action. Parmi les membres, il y a des professeurs mais aussi des étudiants, des agents publics, des représentants des syndicats ouvriers et patronaux, ainsi que des représentants de diverses associations. On s’aperçoit depuis sa création que les avis sur les principaux problèmes des migrants se partagent. Dans la plus grande partie des cas, les témoignages des Haïtiens intéressés décrivent ces problèmes comme étant fondamentalement de l’ordre du non-respect des droits du travail. Néanmoins, les Haïtiens affirment que les relations sociales avec les Brésiliens (collègues de travail et employeurs confondus) ne sont pas forcément évidentes car il y a, de la part de ces derniers, une profonde méconnaissance du peuple et de la culture haïtienne.

Dans les entretiens menés auprès de certains acteurs du Forum, on se rend compte que la différence des valeurs sociales et culturelles entre le Brésil et Haïti n’était pas méconnue, mais que cela ne signifiait pas pour autant qu’elle était appréhendée objectivement, c’est-à-dire, que le groupe ne s’était pas mis d’accord pour les prendre en compte dans les actions. A titre d’exemple, dans les deux rencontres du Forum auxquelles nous avons participées, les membres se sont mis d’accord sur le besoin de protection ressenti par les immigrants. Un service d’aide juridique gratuite était déjà en place, et les étudiants Haïtiens de l’UFPR étaient convoqués pour aider dans ce travail. Par contre, la question d’un droit spécifique aux étrangers fut à peine évoquée, car fondamentalement contraire à la loi en vigueur. Aujourd’hui, plusieurs questions se posent, depuis les modes d’accueil, en passant par la reconnaissance des différences culturelles des Haïtiens – ils ont leur propre culture et n’ont pas forcément envie d’y renoncer – jusqu’au besoin de les laisser s’intégrer dans la vie sociale à leur rythme et non pas tout simplement de leur apprendre à connaître les particularités du marché du travail local. Ceci est intéressant car, grosso modo, lesÅimmigrants ne sont pas forcément appelés à opiner sur la politique ou sur les actions d’intégration. Par contre, il n’est pas anodin que justement dans une région, et plus particulièrement dans une société curitibaine[23], à fort taux de descendants d’immigrants, des politiques multiculturelles commencent à être librement discutées.

Les formes d’accueil et d’intégrationÅ: les associations religieuses

Les actions d’accueil et d’intégration menées par les entités religieuses sont connues et anciennes. En règle générale, les religieux ne font pas de distinction entre les nationaux et les étrangers. Selon la formule consacrée, l’immigrant est avant tout un être humain en détresse qui frappe à la porte. Lorsqu’il est déjà un membre de l’église, l’accueil et l’intégration sont plus faciles. Les immigrants le savent. Des représentants des diverses institutions religieuses, dont la Congrégation des Sœurs Saint Charles Borromée Scalabriniennes[24], l’institution catholique née lors des grandes vagues migratoires italiennes, sont présents au Brésil depuis la première moitié du XXe siècle. Il y a aussi la Pastoral do Migrante qui s’organise par régions[25] ou encore le Foyer Saint-François (dans le ville de Pinhais aux alentours de Curitiba), qui a été le premier centre d’hébergement d’immigrants. Enfin, il y a les églises protestantes de tous bords, organisées de façon autonome, mais très présentes dans les quartiers populaires. Dans le groupe d’Haïtiens interviewés, nous avons rencontré des protestants et des catholiques (tableau 2 ci-dessus).

Sexe Catholiques Protestants*

Croyant sans

confession déclarée

Pas de réponse Total
H 9 11 1 3 24
F 3 6 09
Total 12 17 1 3 33

 Tableau 2. Haïtiens interviewés selon la confession religieuse

SourceÅ: Travail de terrain

Dix-sept Haïtiens se sont déclarés protestants contre 12 autres catholiques. La recherche menée par Peres (2015) sur 279 Haïtiens installés dans diverses régions du pays a trouvé des résultats semblables aux nôtresÅ: 157 protestants pour 99 catholiques. La confession religieuse n’est pas tout simplement une affaire spirituelle. En effet, pour quelques uns des migrants, elle a été cruciale pour trouver du travail et un endroit où se loger. De plus, la fréquentation de lieux de cultes est la plus importante activité de loisir pour tous ceux qui ont déclaré avoir une confession. L’un de nos interviewés, de confession Baptiste, a affirmé avoir été accueilli par la åÅPrimeira Igreja Batista de CuritibaÅò qui est devenue son premier employeur. “Ils ont été une deuxième famille pour moi et m’ont offert même des meubles quand je me suis installéÅò (Homme, 27 ans, au Brésil depuis 2012, employé à la restauration). åÅJ’aurais aimé fréquenter davantage l’église. Je suis catholique, mais je n’ai pas beaucoup de temps libreÅò (Homme, 26 ans, au Brésil depuis 2014, universitaire). åÅJe fréquente l’église brésilienne. J’ai été frappé de voir combien d’églises protestantes il y a à Curitiba.Åò (Homme, 22 ans, au Brésil 2013, vendeur).

Comme nous avons pu le constater, la fréquentation de cultes est l’une des rares, voir la seule, activité de loisir de 30 migrants sur 33 interviewés. La åÅIgreja Batista Cidade JardimÅò, protestante et installée dans ville de São José dos Pinhais (aux alentours de Curitiba), a organisé son premier culte en langue créole le 11 janvier 2014. La åÅParóquia de São Pedro ApóstoloÅò, à Curitiba, a organisé la première messe en langue créole le 20 septembre 2014[26]. L’église baptiste (Igreja Batista Ebenezer em Curitiba)[27]organise tous les mercredis soir et tous les dimanches, des cultes en langue créole. Par ailleurs, la åÅPastoral do Migrante em CuritibaÅò et la Paroisse åÅSão José de Santa FelicidadeÅò (à laquelle elle est liée) organisent ensemble diverses activités, dont la Messe des Migrants dans le but de sensibiliser ses fidèles aux problèmes quotidiens auxquels les Haïtiens font face. En outre, la åÅPastoralÅdo Migrante ò divulgue aussi, sur sa page facebook, les cours de portugais aux Haïtiens, offerts gratuitement par la Mairie de Curitiba.

Il est encore à noter que les églises ne demandent pas à ceux qui se présentent leur confession religieuse, ce qui les rend davantage attirantes. D’autre part, les cultes en langue créole ne sont pas forcément ouverts aux Brésiliens. Ainsi, ils contribuent à l’intégration des Haïtiens, mais en même temps, ils créent des nouveaux liens sociaux, permettent l’échange d’expériences, renforçant par là le sentiment d’appartenir à une culture haïtienne quelque peu hybride qui est en train de se développer au Brésil.

Les modes d’intégration : le multiculturalisme à l’œuvreÅ?

Le Paraná est fier d’être le seul parmi les états de la République Fédérative Brésilienne à avoir créé un conseil des migrants, comme nous l’avons montré ci-haut. Aujourd’hui, il a bâti également le premier Centre de Soutient au Migrant. Selon la responsable de ses activités, Fátima Yokahama, le pas suivant est d’intégrer tous les acteurs qui travaillent, d’une manière ou d’une autre, avec les migrants.

Par ailleurs, selon l’avis général des interviewés, les Brésiliens connaissent à peine le Haïti et leurs propos sur le pays sont, en règle générale, très négatifs. Ces images négatives sont réaffirmées par les organes de presse, y compris par les journaux télévisés (Télémaque, 2012). A titre d’exemple, il est courant d’entendre dire que les Haïtiens migrants sont tous très pauvres. Cependant, åÅtous les Haïtiens à Curitiba appartiennent aux couches moyennesÅò (Homme, 29 ans, au Brésil depuis 2013, travaillant à la restauration). Pour comprendre cet apparent paradoxe, analysons les niveaux de qualification scolaire des interviewés.

Le groupe interviewé affiche une très bonne formation scolaire, surtout si l’on compare ces donnés avec la réalité en Haïti. Par ailleurs, lorsqu’on analyse la connaissance des langues étrangères, la thèse des Haïtiens originaires des couches moyennes se confirme (Tableau 5).

Langue/

Sexe

Le Créole Cr et Fr Cr et Esp Cr, Fr

et Esp

Cr, Fr e

Angl

Cr, Fr, Esp

et Angl

Total
H 1 9 1 7 2 4 24
F 6 3 09
Total 1 15 1 10 2 4 33

Tableau 3. Haïtiens interviewés selon la connaissance de langues étrangères

Source : Travail de terrain

L’histoire des migrations internationales montre que ce ne sont jamais les plus pauvres qui migrent, mais ceux qui ont des ressources, y compris pour le déplacement. La connaissance des langues étrangères correspond bien au niveau scolaire. En plus, la connaissance de l’anglais ou de l’espagnol a pour cause les migrations antérieures, notamment en République Dominicaine. Compte tenu de la crise économique actuel au Brésil, il est à penser que les Haïtiens, des migrants avisés, peuvent ne pas y rester longtemps. Dans le sens inverse, le capital culturel des interviewés laisse à penser que l’intégration sera l’objet de disputes et qu’il y aura un fort enjeu entre la culturelle haïtienne et la culturelle brésilienne.

Dans le but de comprendre ces enjeux, nous avons demandé à notre groupe comment ils voient leur avenir. Parmi les 33 interviewés, 9 sont totalement déçus et veulent rentrer le plus tôt possible. Néanmoins, il ne s’agit pas d’un retour en arrière, mais d’une étape en vue de nouvelles migrations parce que åÅle Haïti n’est pas une optionÅò. Par contre, le désir de rester au Brésil n’est pas inconditionnel. Si jamais la réalité s’avère de plus en plus difficile, une nouvelle migration, soit en Argentine, soit en Chile est déjà envisagée[28].

Les moyens de communication aidant, la présence de la culture haïtienne dans leur quotidien est très forte. Ils mangent des plats typiques haïtiens, écoutent de la musique haïtienne et, à l’heure actuelle, des jeunes haïtiens installés à Curitiba ont créé une bande de musique, le Récif[29]. Le Récif est composé de 18 musiciens venus de différentes régions d’Haïti. Selon Evens Mondesir, åÅIl y des personnes au Brésil pour qui les Haïtiens et le peuple noir ne connaissent rien, et n’ont rien de bien à offrir. C’est pourquoi ils nous traitent mal, pas bien. Mais nous avons des talents cachésÅò[30] . Leur but est donc de faire connaître au public curitibain et brésilien les compétences de l’immigrant haïtien. Dans le même registre, dans la ville de Cascavel (située à 500 km à l’ouest de Curitiba), la radio Norte a même créé une émission de musique haïtienneÅ– tous les jours entre 20 et 21 heures – destiné aux 1,3 milles Haïtiens installés dans cette ville, sous la coordination de Marcelin Geffrard, un pédagogue haïtien qui vit au Brésil depuis 2012.

Malgré ces initiatives, l’intégration des interviewés dans la société locale est très réduite, soit parce qu’ils n’ont pas assez de temps libre, soit encore parce qu’ils ne maîtrisent pas les codes culturels. Le rapport à la nourriture brésilienne, le type de musique sur les téléphones portables, les amis brésiliens ont été des questions posées afin de vérifier le degré de connaissance ou d’intégration à la culture nationale. Les réponses confirment la thèse de Portes et al. (2008). L’intégration est l’affaire de la deuxième génération et non pas de la première. Lorsqu’on leur a demandé comment ils se voient par rapport à la culture brésilienne, ils ont affirmé sans ambiguïté se sentir très haïtiens. Une jeune femme (mariée, 28 ans, au Brésil depuis 2014, au chomage) interviewée a affirmé avoir le projet de faire importer des produits haïtiens pour les vendre à ses compatriotes à travers l’Association. Il est à penser ainsi que le capital culturel acquis – et le processus de distinction qui lui est corrélatif – crée plus de distance que de proximité, plus de difficulté que de facilité d’intégration. Au contraire, à l’évidence, la distinction tend à affirmer la différence et à consolider de nouvelles formes culturelles, voire au multiculturalisme.

En guise de conclusion

Les actions, avec un objectif d’intégration, adressées prioritairement aux Haïtiens sont en train de reconnaître leur différence. Cela pourra à terme lancer le débat sur la question multiculturelleÅ? Rien n’est plus incertain. L’intérêt pour la migration est pr’sent dans les acteurs brésilien interviewés. Par contre, migrer est un fait historique et culturel chez les Haïtiens. Cela peut indiquer que les Haïtiens déjà installés au Brésil peuvent partir. Mais la question n’est pas aussi simple car les Haïtiens interviewés qui ont déclaré l’intention de quitter le Brésil, ne retourneront pas forcément en Haïti. Très avisé de la crise économique brésilienne, rentrer à Haïti semble encore pire que de rester au Brésil. La possibilité de partir en Argentine, au Chili[31], etc., a été évoquée lorsqu’il a été question de la difficulté de trouver du travail au Brésil. Le processus de migration en continu peut avoir comme conséquence, nous le croyons, la formation d’un capital (tel que Pierre Bourdieu le définit) de mobilité. En effet, l’expérience migratoire semble être cumulative et libertaireÅ: plus on migre, plus on se sent en mesure de le faire (capital de mobilité), plus déraciné et multiculturel à la fois, on devient.

Pour ceux qui ont démontré l’envie de rester au Brésil, l’intégration – par le mariage, par le travail, par les parcours éducatifs, par les sociabilités religieuses, entre autres – peut être considérée comme le cap à franchir. Cependant, et cela peut paraître paradoxale, l’intégration ne veut pas dire, comme c’était le cas jadis, l’assimilation ou l’acculturation. En d’autres termes, le migrant haïtien peut être intégré tout en sauvegardant ses modes culturels d’origine. En toute évidence, il y a des points en commun entre les cultures brésilienne et haïtienne. Les Haïtiens eux-mêmes se plaisent à dire qu’ils aiment la musique brésilienne. Mais ils aiment également la musique haïtienne. En résumé, à côté des Italo-Brésiliens, des Nippo-Brésiliens ou encore des Polono-Brésiliens, pour quoi ne peut-on pas songer au surgissement d’un nouveau groupe, les Haïti-BrésiliensÅ?

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 Notes 

[1]. Je tiens à remercier Amandine Moulin pour les corrections apportées à cet article.

[2]. Le Brésil, par la Loi numéro 10.693/03, a introduit l’enseignement de “Histoire et Culturel Afro-brésilienne” dans le curriculum de l’école primaire et du lycée. Dans cette même année 2003, il a également reconnu le droit aux terres jadis occupées par les anciens esclaves dans les communautés dites “Quilombolas”.

[3]. Cela n’est pas le cas des migrants embauchés par l’industrie de la confection. Aussi bien à São Paulo qu’à Buenos Aires, ils peuvent être Coréens ou Chinois. Voir à ce propos, la Revue Européenne des Migrations Internationales, vol. 28, N 4, 2012.

[4]. Bien évidemment, cette analyse ne tiendra pas compte de la toute récente crise économique qui s’est abattue sur divers pays du Cône Sud, notamment le Brésil,

[5]. À ce moment précis, les Haïtiens n’étaient pas encore le groupe le plus important. Pour plus de détail, voir www.Brasil.gov.br/economia-e-emprego/2011/11/economia-brasileira-a-atrai-estrangeiros-e-imigração-aumenta-50-em-seis-meses. Accès le 6/08/2015

[6]. Cela les plaçait bien avant les Sénégalais, le deuxième groupe avec 2.830 travailleurs admis.

[7]. Dans le sens inverse, en l’année 2014, les Haïtiens ont été le groupe le plus fortuné avec seulement 6.790 travailleurs licenciés.

[8]. Ces derniers souhaitaient faire venir leurs enfants, mais jusqu’à aujourd’hui il n’y aucune politique de regroupement familiale au Brésil.

[9]. A titre d’exemple, l’Université d’État d’Haïti (UEH) rassemble, à travers le territoire, plus de 20 milles étudiants et 1.500 enseignements. La liste complète d’établissements supérieurs à Haïti peut être consultée sur le site www. en.wikipedia.org/wiki/List_of_universities_in_Haiti.

[10]. Pour faire bref, le rapport entre le Brésil et le Haïti commence en 2004. Cette année, le Conseil de Sécurité des Nations Unies a créé la Mission des Nations Unies pour la Stabilisation en Haïti (MINUSTAH), dont le but était de mettre fin à l’instabilité politique en Haïti et dont la composante militaire est dirigée par l’armée de terre brésilienne depuis lors. Voir http://www.un.org/fr/peacekeeping/missions/minustah/background.shtml

[11]. Finalement, en 2015, le “visa humanitaire” a été prolongé et l’ambassadeur brésilien à Haïti, Fernando Vidal, l’a annoncé haut et fort, réaffirmant que tout Haïtien (il n’y a pas de plafond) “qui veut voyager au Brésil [ì] recevra un visa valable pour cinq ans”. Voir le site http://lenouvelliste.com/lenouvelliste/article/150801/Le-Bresil-bras-ouverts-attend-tous-les-Haitiens

[12]. La CASLA, créée dans les années 1980,est une organisation non-gouvernementale dont le but est de promouvoir des actions éducatives. Au fur et à mesure, elle s’est engagée dans d’autres domaines telles que la défense des droits des immigrants. Pour plus de détails, voir le site www.casla.com.br.

[13]. L’Association, basée dans la ville de Curitiba, a été créée par l’immigrante haitienne, Laurette Bernadin.

[14]. Disponible en ligne au http://www.gazetadopovo.com.br/vida-e-cidadania/especiais/sonho-haitiano/falta-estrutura-para-acolher-imigrantes-5ntzgavclj4cski1s2lhh9b8d

[15]. En fait, il y a aujourd’hui dans le Parlement brésilien, un projet de loi qui vient d’être approuvé par le Sénat. Si jamais cette loi (dite Loi de Migration) est sanctionnée, elle révoquera les deux anciennes lois sur le sujet, celle de numéro 818 (1949) et celle de numéro 6.815 (1980), dite la “Loi de la Dictature”. Pour plus de détail, voir http://agenciabrasil.ebc.com.br/politica/noticia/2015-07/senado-aprova-lei-de-migracao-que-reve-legislacao-da-epoca-da-ditadura

[16]. Toutes ces associations ont une page sur facebook.

[17]. Ce projet est consultable sur internet. Voir le site www.haitiaqui.com.br

[18]. Il s’agit d’un organisme catholique de la Conférence Nationale des Évêques Brésiliens (CNBB) dont le but général est de promouvoir les droits humains. Pour plus de détail, voir www.caritas.org.br

[19]. A l’heure actuelle, il y a 53 professeurs engagés dans les cours de portugais pour un total de 250 étudiants.

[20]. Voir le site http://www.direito.ufpr.br/portal/extensao/atividades-de-extensao/ et aussi sur la page facebook www.facebook.com/projetohospitalidade

[21]. Le Conseil fut créé par la loi N 18.465 du 24 avril 2015. Il est lié au Secrétariat de l’État [du Paraná] de la Justice, Citoyenneté et Droits Humains (SEJU-Pr). Il s’agit d’un conseil de consultatif et délibérant, composé par 18 membres originaires des structures publiques et de la société civile. Pour plus de détail, voir le site www.dedihc.pr.gov.br/modules/conteudo/conteudo.php?conteudo=135.

[22]. Atlético Paranaense est l’un des clubs de football de la ville de Curitiba. Son stade a été reconstruit pour recevoir des matchs lors de la Coupe du Monde de Football qui a eu lieu au Brésil en 2014. Pour plus d’information, voir www.atleticoparanense.com

[23]. L’immigration au Brésil a été plus importante dans les états du sud du pays. A titre d’exemple, la ville de Curitiba a connu une forte immigration entre les années 1870 et 1920 et les discours officiels sont très fiers d’être une “ville immigrante”.

[24]. Voir le site www.mscs.org.br

[25]. Voir le site www.pastoraldomigranteregionalsul.blogspot.com.br

[26]. La messe est consultable sur youtube au www.youtube.com/watch?v=loMoNtX1uVk&feature=youtu.be

[27]. Voir le site http://batistasparana.org.br/igreja/igreja-batista-ebenezer-em-curitiba-2/ ou bien la page sur facebook www.facebook.com/BatistaEbenezer

[28]. Lorsque nous écrivions cet article, nous avons appris que l’un de nos interviewés venait de partir au Chili.

[29]. Il y a un vidéo de la bande disponible sur le site http://www.gazetadopovo.com.br/videos/haitianos-montam-banda-de-musica-em-curitiba

[30].Voir le reportage dans la presse écrite sur le site www.gazetadopovo.com.br/caderno-g/para-ouvir-o-haiti-9p8w9dobj97p33tee8et78k7ii

[31]. L’un de nos interviewés, nous l’avons appris de manière fortuite, est parti à Santiago du Chili le mois de mars 2016.

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