Revue des Sciences Humaines et Sociales

Al Irfan est une Revue scientifique annuelle fondée en 2014 à l’IEHL. Elle publie des travaux à caractère disciplinaire, pluridisciplinaire et interdisciplinaire, en mettant en exergue l’exploration des mondes hispanique et lusophone et leurs intersections, dans leurs dimensions historiques, culturelles, sociologiques, politiques et économiques.

Image non disponible

Slider

La rationalisation des communautés économiques régionales: une opportunité pour une Afrique mouvante et dynamique

Dans un monde de plus en plus globalisé et marqué par l’intensification des échanges de biens et services, et l’émergence de nouveaux acteurs (ONGs, Multinationales et groupes terroristes faisant fi des frontières) ainsi que de nouvelles puissances économiques faisant basculer le centre de gravité de la croissance économique mondiale, la question de la rationalisation des communautés économiques régionales se pose avec acuité. Elle permet à des blocs régionaux de créer une zone de libre-échange et de mettre en place des dispositifs de mise en valeur des ressources collectives, d’exploitation des complémentarités ainsi que de transformation des ressources sur place. De ce point de vue, la mutualisation des efforts et la rationalisation des CERs deviennent la réponse idoine à la mondialisation économique qui est, comme le souligne Stiglitz, allée plus vite que la mondialisation politique.

C’est dans ce contexte que de nombreux pays africains ont fait des efforts pour s’intégrer dans des blocs régionaux. En effet, ils cherchent à intégrer des espaces régionaux avec des pays de niveaux de développement différents afin de s’assurer un accès à leurs marchés.

De même, nous observons une prise de conscience des dirigeants de ces pays quant à l’importance stratégique de cette intégration et le potentiel de développement, de mise en complémentarité des ressources et de renforcement de la compétitivité des entreprises nationales en leur donnant accès à un marché régional. Ce qui fait que l’intégration africaine devient un outil indispensable pour une meilleure réinsertion de l’Afrique dans l’économie mondiale (repositionnement de l’Afrique dans la chaine de valeur et la gouvernance mondiales). Ceci est d’autant plus important que nous avons affaire à un monde changeant marqué par le déclin des anciennes puissances industrielles et l’émergence de nouvelles puissances (Chine, Inde, Brésil, Russie, Turquie…etc.).

En effet, comme le montre Gérardin (2001/3, p. 27), le concept d’intégration traduit deux types de dynamiques : « l’une est spontanée, elle se réalise de fait, « par le marché ou par le bas » ; elle résulte de l’essor des flux commerciaux et financiers formels et informels. L’autre est institutionnalisée, « par le haut » ; elle traduit un volontarisme et des accords politiques ; obtenue par « les règles », elle suppose la mise en place d’institutions et le passage d’étapes programmées dans le temps ». Ainsi, pour Gérardin, ces deux approches renvoient à deux réalités différentes. La première est l’œuvre exclusive des agentes économiques en ce qu’elle ne repose sur aucun soubassement institutionnel. La deuxième approche est l’œuvre des Etats en ce qu’elle s’appuie sur les accords intergouvernementaux (Ibid., p. 27).

L’intégration économique entre pays géographiquement proches peut, dans un premier temps, avoir un impact positif sur la demande et la production. C’est ce que Gérardin H (Ibid., p. 31) appelle « l’effet création d’échanges ». En effet : « le pays membre d’un groupement modifie l’origine de ces importations en s’approvisionnant, désormais, auprès d’un membre de son groupement à un meilleur coût, plutôt qu’auprès d’un pays tiers ».

Recibido el 19/10/2017. Aceptado el 5/12/2017

Ainsi, « la rationalisation du cadre institutionnel en vue d’intégration africaine, à travers des projets communs compatibles avec les programmes de développement intégré aux niveaux national et régional, et l’harmonisation des politiques et des pratiques sur le plan économique et en matière d’investissement », est l’objectif principal sous-tendant la création des CER. (CNUCED, 2009, p. 10) ; Il existe en Afrique plusieurs CER et groupements économiques régionaux.

Ce foisonnement des CER, malgré les promesses d’intégration qu’il renferme, constitue, néanmoins, une source de confusion dans la mesure où certains pays appartiennent à plusieurs CER à la fois. D’où les complications qui peuvent s’en suivre en termes des règles commerciales et préférentielles. En effet, il ne faut pas occulter le fait que les pays africains sont engagés dans des accords commerciaux internationaux, régionaux et bilatéraux. Ce qui fait que la multiplicité des CER ne fait que complexifier les engagements régionaux des pays africains.

Ainsi, cet article tente de s’appesantir sur l’examen du processus d’intégration de ces regroupements régionaux en Afrique en vue de rendre compte des principales initiatives régionales marquées par la participation de certains pays africains à divers accords commerciaux régionaux et la réalité des échanges commerciaux tant à l’échelle communautaire qu’à l’échelle internationale. Ceci est afin de savoir si la politique de rationalisation des CERs peut être considérée comme étant une véritable voie pour une Afrique prospère et émergente.

Le foisonnement des CER et des groupements économiques régionaux : chevauchements des accords et confusion

Aujourd’hui, on recense quatorze groupements économiques régionaux classés en CER et en groupements d’intégration en Afrique. Il est pertinent de souligner que le traité d’Abuja du 03 juin 1991 fut un tournant majeur dans l’histoire de l’intégration africaine dans la mesure où il a jeté les bases de l’établissement d’une Communauté Economique Africaine (CEA) prévue à l’horizon 2027. La mise en place des Communautés Economiques Régionales (CER), est considérée, comme une première étape de cheminement vers la Communauté économique africaine.

L’objectif étant la rationalisation du cadre institutionnel en vue d’intégration africaine, à travers des projets communs compatibles avec les programmes de développement intégré au niveau national et régional, et l’harmonisation des politiques et des pratiques sur le plan économique et en matière d’investissement (CNUCED, 2009).

De même, la fragmentation des initiatives régionales (les multiples appartenances aux CER régionales africaines à l’instar de l’UMA, la CEN-SAD et la COMESA), est un obstacle qui se dresse sur le chemin de l’intégration régionale des pays africains. Effectivement, l’intégration africaine est caractérisée par la multitude d’initiatives régionales marquée par la participation des pays africains à divers accords commerciaux régionaux.

Force est de constater que sur les 54 Etats que comptent le continent africain, 27 sont membres de deux groupements régionaux, 18 sont membres de trois groupements régionaux. Cet imbroglio institutionnel est de nature à nuire à l’intégration africaine en ce, qu’il introduit une espèce de concurrence entre Etats et entités. A cela s’ajoute l’engagement simultané des pays africains dans plusieurs processus : multilatéral (OMC), régional, bilatéral et national.

En Afrique du Nord, nous constatons que les pays de cette sous régions font partie de l’UMA. Force est de reconnaître que certains pays, exception faite de l’Algérie et de la Mauritanie, appartiennent à d’autres communautés économiques régionales à savoir, la CEN-SAD, COMESA et l’IGAD.

img 42
Figure n°1 : Appartenance des pays africains à des communautés économiques régionales Source : CNUCED, 2009

L’Afrique centrale compte, à son tour, deux CER (CEEAC, CEMAC), la première comprend tous les pays d’Afrique centrale. Quant à la CEMAC, elle regroupe six pays de cette sous- région. En effet, à l’exception de Sao Tomé qui n’est membre que d’une CER, tous les pays de cette région appartiennent à au moins deux communautés. La RDC détient le record en faisant partie de trois CER qui ne sont pas forcément géographiquement limitées.

Le COMESA et la SADC, SACU sont les trois principales communautés de l’Afrique Australe. Six pays (Malawi, Maurice, RDC, Seychelles, Zambie et Zimbabwe) sont membres des deux premières CER en dépit de la similitude de leurs programmes. Force est de reconnaître que cette situation est délicate dans la mesure où cinq de ces pays sont signataires de l’accord de libre-échange du COMESA qui fonctionne selon les règles d’origines des différents arrangements commerciaux préférentiels accordés aux membres de la SADC.

Quant à l’Afrique de l’Est, elle compte le plus grand nombre de CER et tous les pays sont membres d’au moins deux CER. Le soudan est même membre de trois CER (CAE, COMESA, IGAD). Les objectifs de la CAE en matière d’intégration des marchés et des échanges sont similaires à ceux de la SADC et du COMESA. La Tanzanie est membre de la SADC dont le processus d’intégration est en retard par rapport à celui du COMESA auquel appartiennent le Kenya et l’Ouganda

Cet éparpillement des Communautés Economiques Régionales Africaines ainsi que des regroupements régionaux est largement perceptible dans le poids de l’Afrique dans la gouvernance mondiale. En effet, malgré le fait que cette dernière est de plus en plus affectée par les défaillances de la gouvernance mondiale, sa faible représentation au niveau des instances internationales, essentiellement le FMI et la Banque mondiale ainsi que son faible poids dans les négociations commerciales au sein de l’OMC, ne lui permettent pas de jouer le rôle qui lui incombe dans la refonte de cette gouvernance mondiale.

En effet, la représentation de l’Afrique au FMI et à la Banque Mondiale est loin de refléter son potentiel économique et démographique. Effectivement, si les conseils de direction de la Banque Mondiale et du FMI comprennent 24 directeurs exécutifs, avec un directeur exécutif pour chaque groupe de pays, l’Afrique subsaharienne n’est représentée que par deux groupements qui possèdent moins de 5% du nombre de votes.

Le paradoxe de l’intégration africaine : plus d’intégration mais moins du commerce intra-africain

Eu égard à l’impact des Communautés Economiques régionales sur les échanges intra- africains, les résultats sont loin d’être homogènes. En effet, pour la CAE, les efforts en matière d’intégration entre les pays de cette CER sont largement perceptibles dans la mesure où la part des échanges intra-communautaires dans le total des exportations de cette CER est passée de 17,5% en 1995 à 21,75% en 2016. On s’attend à ce que cette part augmente considérablement du fait de la mise en place de l’Union Douanière et les négociations engagées entre les pays de la sous-région pour la mise en place d’une organisation fédérale. De même, on constate une tendance à la diversification des partenaires commerciaux de la CAE.

Ainsi, si la part de l’UE dans les exportations des pays de la sous-région a connu une nette diminution en passant de 48% à 19% entre 1995 et 2016, il n’en a pas été de même pour l’Asie dont la part est passée de 6 à 27% durant la même période. Tout se passe comme si les partenaires traditionnels laissent place à de nouveaux partenaires. Tout compte fait, les efforts consentis par les pays de la CAE en matière d’intégration se sont traduits par une amélioration considérable du volume des échanges commerciaux intra-communautaires. Ce qui n’est pas le cas de la SADC et l’UMA.

Partenaires

Intra-groupe

Reste de la région

Reste du monde

1995

2000

2016

1995

2000

2016

1995

2000

2016

UMA3

3.90

2.15

4.36

28.46

28.71

45.07

96.10

97.85

95.64

CEN-SAD4

7.48

6.67

9.62

24.84

24.90

38.16

92.52

93.33

90.38

COMESA5

5.70

4.80

9.87

52.51

56.95

52.35

94.30

95.20

90.13

CAE6

17.50

17.28

21.75

37.14

40.73

44.96

82.50

82.72

78.25

CEEAC7

1.39

0.91

2.08

65.51

53.53

66.38

98.61

99.09

97.92

CEDEAO8

9.43

9.15

11.67

20.49

25.36

38.34

90.57

90.85

88.33

IGAD9

11.81

13.07

17.11

51.06

40.98
43.73
88.19
86.93
82.89
SADC10
14.66
11.98
11.07
15.08
15.97
11.65
85.34
88.02
78.93

Tableau n°2 : le pourcentage des échanges commerciaux des CERs avec les principaux partenaires Source : UNCTADStat, compilation des auteurs

L’UMA peut être considérée comme la CER la moins intégrée. En effet, la part des exportations intra-communautaires dans le total des exportations de cette sous-région ne dépassait pas les 3,9% en 1995 pour passer à 4,36% en 2016. De même, la part de l’Afrique dans les exportations de cette CER est négligeable (à peine 8%). Ceci s’explique essentiellement par les obstacles à l’intégration dans la sous-région. Les divergences politiques entre les Etats et le poids des nationalismes étriqués, constituent de véritables obstacles à l’intégration des pays de l’UMA. Pire encore, devant l’échec de l’intégration, les pays de la sous-région se sont engagés dans une course effrénée à la signature des accords commerciaux avec d’autres partenaires. Ce qui explique la forte concentration des exportations de l’UMA sur l’UE (qui absorbait en 2016 presque 67% des exportations des pays de l’UMA). De même, les parts des Etats-Unis et de l’Asie dans le total des exportations de la sous-région sont passées respectivement de 6 et 4% en 1995 à 5 et 10% en 2016.

Rationalisation des CER et nouveau rôle de l’Afrique dans la gouvernance mondiale

Effectivement, l’Afrique qui devient de plus en plus une nouvelle frontière de la croissance économique en raison de ses potentialités importantes, des dynamiques internes de réformes et de la nouvelle géographie de la croissance mondiale suite à l’arrivée de nouvelles puissances, est appelée à jouer un rôle primordial dans la réforme de la gouvernance mondiale en gestation. Force est de se convaincre de la croissance régulière que connaissent les pays du continent depuis le début du 21éme siècle qui contraste considérablement avec les faibles taux réalisés par les pays occidentaux, et qui plaide pour une révision de la place de l’Afrique sur la scène mondiale. A fortiori, le continent qui devient l’épicentre de la nouvelle géopolitique mondiale se trouve devant une situation historique, assimilée par nombre d’analystes, à une nouvelle indépendance.

En vue de tirer profit de cette fenêtre d’opportunité, l’Afrique, qui n’a été jusqu’alors, qu’une fiction juridique sur la scène mondiale, devrait s’ériger en un acteur majeur de ce nouveau monde. Ce qui renvoie à la question relative à la capacité des pays du continent à se constituer en bloc afin de peser sur le processus de prise de décision au niveau international. D’où l’importance de revoir les modalités d’intégration à l’œuvre d’Afrique.

L’accord de libre-échange CAE-COMESA-SADC : Un pas de plus vers le marché commun Africain

Le rapprochement entre certaines CER à l’instar de la SADC, la CAE et le COMESA, par le biais de la création d’une zone de libre-échange associant les trois blocs, est une initiative salutaire et pionnière qui pourrait être dupliquée dans l’ensemble du continent africain. L’objectif sous-tendu étant d’aller vers le marché commun africain. Force est de souligner que les efforts d’intégration régionale se mesurent en fonction de la mise en commun des ressources naturelles pour renforcer la prospérité économique, réduire la pauvreté et permettre au processus industriel africain une meilleure insertion dans la chaîne de valeur régionale voire mondiale.

Le Mercredi 10 juin 2015 : une date historique dans le processus d’intégration économique en Afrique

Force est de reconnaître que l’accord sur la zone de libre-échange tripartite (SADC, COMESA et CAE) est l’aboutissement de cinq années de négociations pour mettre en place un cadre pour des tarifs préférentiels d’assouplissement de la circulation des marchandises dans une zone qui abrite 657 millions de personnes couvrant plus de la moitié du continent.

En effet, ce projet d’intégration s’assigne comme ambition de promouvoir la libre circulation de marchandises et de personnes. Dit autrement, il porte l’espoir d’une allocation efficace et efficiente des ressources, du renforcement du commerce intra régional ainsi qu’une forte insertion dans la chaîne de valeur mondiale. Comparativement aux autres CERs, ces trois blocs régionaux, depuis leur institutionnalisation, ont réalisé des progrès indéniables de plusieurs ordres.

Sur le plan institutionnel, la Communauté de l’Afrique de l’Est (CAE), dont l’objectif est la réalisation de l’union économique totale, a déjà franchi les deux premières étapes de l’intégration, matérialisée par la mise en place d’une zone de libre-échange et d’une union douanière (effective depuis janvier 2010). La CAE a rendu convertible la monnaie de l’Afrique de l’Est en 1997 et l’union monétaire est en cours.

La SADC a réalisé des avancées notables en matière d’intégration économique et politique. En effet, la zone de libre-échange est opérationnelle depuis 2000 et des négociations sont en cours pour la mise en place d’une union douanière si ce n’est l’élargissement de la SACU (l’Union Douanière de l’Afrique Australe) aux autres pays de la sous-région. En outre, en matière d’intégration politique, la SADC s’est dotée d’un dispositif de paix et de sécurité en son sein. Le marché commun est prévu pour 2015, l’union monétaire pour 2016 et l’union économique à l’horizon 2018. Le COMESA qui est déjà une Union douanière, a connu une croissance de son commerce intra régional de près de 73% entre 1995 et 2016.

Sur le plan géographique, la nouvelle zone de libre-échange jouit d’une position hautement stratégique, elle s’étend de la Méditerranée jusqu’au Cap de Bonne Espérance avec plus de la moitié des pays du continent (26 pays faisant partie des trois blocs) et une population estimée à 657 millions d’habitants soit 57% de la population total du continent avec un taux d’urbanisation avoisinant 47%.

1990

2000

2015

2020

2050

Angola

10334

13925

22820

26475

54324

Botswana

1384

1755

2056

2150

2780

Burundi

5606

6674

10813

12579

26691

Comores

413

528

770

860

1508

RDC

34911

46949

71246

81252

155291

Djibouti

590

723

900

965

1244

Egypte

56337

66137

84706

91062

121798

Erythrée

3939

6738

7727

14314

1990

2000

2015

2020

2050

Ethiopie

66024

98942

111521

187573

Kenya

23446

31285

46749

52906

97173

Lesotho

1598

1856

2120

2226

2818

Libye

4260

5176

6317

6767

8350

Madagascar

11546

15745

24235

27798

55498

Malawi

9447

11321

17309

19895

41203

Maurice

1056

1185

1254

1271

1231

Namibie

1415

1898

2392

2609

3744

Rwanda

7215

8396

12428

14123

25378

Seychelles

69

80

94

96

100

Afrique du Sud

36793

44846

53491

55131

63405

Soudan

39613

44499

77138

Swaziland

863

1064

1286

1368

1815

Ouganda

17535

24276

40141

47088

104078

Tanzanie

25485

34021

52291

60385

129417

Zambie

7845

10101

15520

18252

44206

Mozambique

13568

18276

27122

30553

59929

Zimbabwe

10462

12504

15046

17118

26254

Tableau n° 3 : Evolution de la population de la zone de libre-échange (COMESA, CAE et SADC) en millions d’habitants

Source : UNCTADStat, compilation des auteurs

Sur le plan économique, la zone offre un potentiel socio-économique considérable (population jeune ayant l’âge de travailler, ressources hydrauliques, terres arables, ressources minières et pétrolières…etc.), certains pays de cette zone à l’instar du Kenya, Ethiopie, île Maurice, Angola, Afrique du Sud deviennent de plus en plus dynamiques à l’échelle régionale voire internationale. Le PIB de la zone est de 1520 milliards de dollars soit plus de 67% du PIB africain en 2016.

PIB en valeur (en milliards de dollars)

Pourcentage du PIB africain

Afrique COMESA CAE SADC

1990

2000

2016

1990

2000

2016

550

651

2238

154

214

698

28%

33%

31%

28

37

219

5%

6%

10%

189

213

603

34%

33%

27%

Source : UNCTADStat, compilation des auteurs

CAE

SADC

COMESA

1995

Intra-communautaires

17,5

14,66

5,7

Afrique

28

40

13

Asie

6

10

12

Europe

48

27

57

Etats-Unis

3

12

6

2000

Intra-communautaires

18

12

5

Afrique

30

15

11

Asie

6

15

15

Europe

44

40

61

Etats-Unis

4

16

5

2005

Intra-communautaires

19

9

5

Afrique

34

12

10

Asie

11

19

20

Europe

34

36

56

Etats-Unis

6

17

7

2016

Intra-communautaires

21,75

11,07

9,87

Afrique

39

24

21

Asie

27

33

35

Europe

19

24

30

Etats-Unis

4

6

5

 

Tableau n°4 : Part des exportations des Trois Blocs Régionaux selon les Destinations (%) Source : UNCTADStat, compilation des auteurs

Le tableau ci-dessus renseigne sur la destination des exportations des trois CER. Il nous permet de mieux rendre compte du niveau d’intégration des trois blocs. On constate qu’entre 1995 et 2000, la part de chaque partenaire y compris l’Afrique dans les exportations des trois CER a nettement changé. Les efforts en matière d’intégration entre les pays de la CAE sont largement perceptibles dans la mesure où la part des échanges intra-communautaires dans le total des exportations de cette CER est passée de 17,5% en 1995 à 21,75% en 2016. On s’attend à ce que cette part augmente considérablement du fait de la mise en place de l’Union Douanière et les négociations engagées entre les pays de la sous-région pour la mise en place d’une organisation fédérale. De même, on constate une tendance à la diversification des partenaires commerciaux de la CAE. Le Kenya est considéré comme étant le principal exportateur avec près des trois quarts des exportations au sein du CAE et plus d’un tiers du total des exportations à l’intérieur de la COMESA.

Quant aux échanges au sein de la SADC, la dominance de l’Afrique du Sud est marquante, le pays détient, à lui seul, plus de 15% des exportations totales du bloc, suivi du Swaziland (14%).

Maintenant que cette zone de libre-échange tripartite est en train de devenir réalité (quoiqu’il faille attendre qu’elle soit avalisée par les parlements des 26 pays), il est temps pour les autres pays africains appartenant à l’UMA, la CEN-SAD, la CEDEAO, la CEEAC et la CEMAC de penser à la mise en place d’une zone de libre-échange similaire allant de Rabat à Luanda.

L’Afrique ne s’en sortira que bénéficiaire et plus forte. En effet, celle-ci réunit tous les atouts et les ingrédients pour une intégration économique et politique réussie. Ceci est d’autant plus important que nous avons affaire à un nouvel ordre économique mondial marqué par la fragmentation du système productif. D’où l’importance pour les pays africains au vu de leurs ressources stratégiques, de mettre en place par le biais de l’intégration économique, un ou des systèmes productifs régionaux basés sur la transformation, la productivité et l’investissement dans le capital humain. C’est vrai que les obstacles d’ordre idéologique, logistique et politique sont énormes mais qu’à cela ne tienne !

Conclusion

Au final, le processus d’intégration régionale en Afrique, quoique en nette évolution, semble souffrir d’un ensemble d’anomalies qui empêchent les pays du continent d’en tirer profit par le biais de la diversification de leur structure productive, l’amélioration de la compétitivité des entreprises en leur facilitant l’accès à un marché plus vaste ainsi que l’exploitation des complémentarités.

En effet, l’engagement des pays africains dans plusieurs Communautés Economiques Régionales ainsi que dans des accords régionaux et internationaux, semblent produire l’effet inverse, à savoir un détournement du commerce au profit de nouvelles et anciennes puissances. De même, la multiplication des groupements régionaux en Afrique fait que cette dernière continue à se présenter dans les instances internationales comme un ensemble de blocs plutôt qu’un seul acteur. Ce qui amoindrit son poids dans la gouvernance mondiale et affaiblit sa capacité de négociation.

L’Afrique est appelée à tirer profit de la nouvelle géopolitique mondiale en se positionnant comme un acteur majeur de la mondialisation plutôt qu’un réceptacle des effets négatifs de cette dernière. Dès lors, la rationalisation des CER devient un impératif majeur. L’objectif sous- jacent étant de faire en sorte qu’il y’ait un regroupement de ces Communautés économiques régionales pour éviter les chevauchements et la redondance sources de confusion et d’inefficience

L’accord de libre-échange, en cours, entre le COMESA, la SADC et la CAE, est un exemple qui est appelé à être dupliqué pour que l’Afrique puisse se réinsérer autrement dans l’économie mondiale.

Références Bibliographiques

LA BANQUE AFRICAINE DE DEVELOPPEMENT (BAD), Libérer le potentiel de l’Afrique du nord grâce à l’intégration régionale : défis et opportunités, édité par Emanuele Santi, Saoussen Ben Romdhane et William Shaw, 2012.

LA BANQUE AFRICAINE DE DEVELOPPEMENT (BAD), Afrique Australe, document de stratégie pour l’intégration régionale, 2011-2015, 2011.

BAGHZOUZ Aomar, « Apport et limites du facteur extérieur dans l’impulsion de la construction maghrébine : l’exemple de l’Union Européenne », in Difficultés et perspectives de redynamisation de l’UMA, Actes du colloque international organisé par la FSJES de l’Université Mohammed I- Oujda et L’Institut des Etudes Africaines de l’Université Mohammed V, 2009

BENHAMMOUDA Hakim, OULMANE Nassim, et SADNI JALLAB Mustapha (2009), « D’une diversification spontanée à une diversification organisée. Quelles politiques pour diversifier les économies d’Afrique du Nord ? », Revue Économique, Vol. 60, n° 1, 2009-01, 133-155.

BRAHMIA REJEB Samira, « La concordance entre échange international et intégration régionale dans la promotion des IDE au Maghreb », in Dynamiques des réformes dans les pays de l’Union du Maghreb Arabe, Actes du colloque international organisé par la FSJES de l’Université Mohammed I- Oujda et L’Institut des Etudes Africaines de l’Université Mohammed V de Rabat, 2010.

BANQUE MONDIALE, base de données, 2017.
COMMISSION ECONOMIQUE POUR L’AFRIQUE (CEA), Etat de l’intégration régionale en Afrique. Vers une zone de libre-échange continentale africaine, 2012.
CENTRE AFRICAIN DE POLITIQUE COMMERCIALE (CAPC), « La diversification, vers un nouveau paradigme pour le développement de l’Afrique », 2006.

CONFÉRENCE DES NATIONS UNIES SUR LE COMMERCE ET LE DÉVELOPPEMENT (CNUCED), Le développement économique en Afrique. Rapport 2009. Renforcer l’intégration économique régionale pour le développement de l’Afrique, Genève, Nations unies, 2009.

GERARDIN Hubert, « Les spécificités des groupements d’intégration entre pays développés et pays en développement », Monde en développement, N° 115-116, 2001/3, 27-39.

OPARA OPIMBA Lambert., L’impact de la dynamique de l’intégration régionale sur les pays de la SADC. Une analyse théorique et empirique, Thèse de doctorat en Sciences Economiques, soutenue en Mars 2009, Université Montesquieu- Bordeaux IV, 2009.

UNCTADSTAT, Base de Données, 2017. http:// unctad stat.unctad.org/wds/reportFolders/ reportFolders.aspx?sCS_ChosenLang=fr

ZERROUKI N., « Le mythe de l’Union du Maghreb Arabe : repenser le MAGHREB Arabe autrement : sans frontières ! », in Difficultés et perspectives de redynamisation de l’UMA, Actes du colloque international organisé par la FSJES de l’Université Mohammed I- Oujda et L’Institut des Etudes Africaines de l’Université Mohammed V, 2009.